Kinésithérapie et bronchiolite du Nourrisson

Le rôle controversé de la kinésithérapie dans la bronchiolite du nourrisson

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En France, la bronchiolite touche environ 30 % des nourrissons de moins de deux ans, avec un pic épidémique entre novembre et mars. Face à l’afflux de consultations que génère cette pathologie virale, le kinésithérapeute a longtemps occupé une place centrale dans la prise en charge, au point que la séance de « kiné respiratoire » est devenue, pour des générations de parents, un réflexe presque automatique dès les premiers sifflements. Ce rôle a été profondément remis en question par les autorités sanitaires depuis 2019, provoquant une controverse qui dépasse le seul cadre médical et interroge la manière dont une profession se réinvente grâce aux données de la science.

Une profession en constante évolution

La kinésithérapie respiratoire pédiatrique regroupe plusieurs techniques dont l’usage a considérablement changé en une trentaine d’années. Les méthodes historiques, clapping (percussions thoraciques) et vibrations manuelles, dominaient les cabinets jusque dans les années 1990 et 2000. Elles étaient héritées de pratiques développées pour d’autres pathologies respiratoires, en particulier la mucoviscidose. Elles ont progressivement cédé la place à des techniques jugées plus physiologiques : l’accélération du flux expiratoire (AFE), qui mobilise les sécrétions par une pression manuelle sur le thorax accompagnant l’expiration, et l’expiration lente prolongée (ELPr), technique douce visant à vider les poumons sans générer de turbulences excessives dans les voies aériennes.

Cette évolution ne s’est pas arrêtée là. Des techniques plus récentes de désencombrement rhinopharyngé et des approches instrumentales font aujourd’hui l’objet d’évaluations, sans qu’un consensus solide ait encore émergé sur leur efficacité propre. Un kinésithérapeute formé il y a vingt ans et un jeune diplômé n’appliquent donc pas nécessairement les mêmes gestes face à un nourrisson encombré, signe d’une discipline qui continue d’ajuster ses pratiques à mesure que la recherche progresse, plutôt que de s’appuyer sur un socle de techniques figées.

Ce que disent les recommandations et la recherche

Le tournant est venu du rapport de la Haute Autorité de Santé publié en 2019 sur la prise en charge du premier épisode de bronchiolite aiguë chez le nourrisson de moins de douze mois. Ses conclusions ont conduit à ne plus recommander la kinésithérapie respiratoire de façon systématique pour ce premier épisode, faute de bénéfice démontré sur l’évolution de la maladie. La publication a suscité une forte réaction de la profession : plusieurs questions parlementaires, déposées dans les mois qui ont suivi, ont fait état de l’inquiétude des kinésithérapeutes face à des interprétations jugées radicales, qui laissaient entendre que la kinésithérapie respiratoire serait inefficace en toute circonstance. C’est cette lecture que les praticiens contestent, arguant que le rapport visait une pratique systématique et non l’ensemble des situations cliniques.

La revue Cochrane, mise à jour régulièrement sur ce sujet, apporte un éclairage plus nuancé que ne le laisse penser le débat public. Sa dernière synthèse de 2023, portant sur 17 essais et 1679 nourrissons, ne retrouve aucun effet des techniques conventionnelles (percussions, vibrations) sur la gravité de la maladie chez les nourrissons atteints d’une forme modérée. Les techniques d’expiration forcée n’ont pas non plus montré d’effet sur les formes sévères, et des effets indésirables notables ont été rapportés avec ces méthodes. Seules les techniques d’expiration lente pourraient améliorer la gravité clinique chez les nourrissons atteints d’une bronchiolite modérément sévère. Les auteurs qualifient eux-mêmes ce résultat avec un faible niveau de confiance, insuffisant pour trancher définitivement la question.1,2

Autrement dit : la science ne dit pas que la kinésithérapie respiratoire « ne sert à rien », comme le pensent d’ailleurs près de deux tiers des parents interrogés dans certaines enquêtes. Elle dit que l’efficacité dépend de la technique employée, de la sévérité de la maladie, et que les preuves disponibles restent encore insuffisantes pour la plupart des approches. Il s’agit donc plus d’une situation d’incertitude scientifique momentanée, que de contre-indication formelle.

Un rôle qui dépasse le désencombrement

Réduire l’intervention du kinésithérapeute à la seule question de l’efficacité du désencombrement bronchique reviendrait à ignorer une partie de ce que recouvre sa pratique auprès des familles. La désobstruction rhinopharyngée, par lavage des fosses nasales, reste largement pratiquée et recommandée en complément, y compris en dehors des séances de kinésithérapie, pour améliorer le confort respiratoire du nourrisson.

Le kinésithérapeute joue aussi un rôle de surveillance clinique et d’éducation des familles, particulièrement dans les 72 premières heures de la maladie où le risque d’aggravation est le plus élevé. Cette fonction de repérage des signes de gravité et d’orientation vers les urgences a été identifiée comme un levier pour désengorger les services pédiatriques, saturés chaque hiver par des consultations qui ne relèvent pas toutes de l’urgence. Des réseaux « bronchiolite » associant kinésithérapeutes formés à cette prise en charge existent déjà dans plusieurs territoires, et la loi relative à l’amélioration de l’accès aux soins (dite loi Rist) a ouvert, sous certaines conditions, la possibilité pour les masseurs-kinésithérapeutes de recevoir des patients sans prescription médicale préalable. Cette évolution réglementaire accompagne, plutôt qu’elle ne contredit, le recentrage scientifique opéré depuis 2019.

Devenir kinésithérapeute pédiatrique

En 2026, le diplôme de kinésithérapeute s’obtient en France après quatre années d’études en institut de formation en masso-kinésithérapie (IFMK), accessibles après une sélection via Parcoursup et une première année de santé (PASS ou LAS). Les bases de kinésithérapie pédiatrique sont enseignées dans le tronc commun des études, mais une spécialisation en pédiatrie s’obtient après le diplôme, via des formations complémentaires à l’université grâce à des DU (Diplômes Universitaires) ou dans des organismes de formation continue qui proposent des modules certifiants d’une durée minimale de 80 heures.

Durant votre spécialisation, vous ne vous arrêterez pas à la kiné respiratoire, mais vous apprendrez aussi la rééducation des troubles neurologiques (comme la paralysie cérébrale) et la motricité libérée pour guider le développement moteur et traiter les plagiocéphalies (crâne plat) ou torticolis congénitaux.

Les études de kinésithérapie en Espagne offrent une voie alternative pour les étudiants français, avec un cursus de licence (grado) de quatre ans structuré selon le cadre européen de Bologne, dont les diplômes sont reconnus en France au titre de la réglementation européenne sur la reconnaissance mutuelle des qualifications professionnelles. Nos universités partenaires proposent ces grados en Fisioterapia qui permettent différentes spécialisation comme la kinésithérapie du sport et de la rééducation.


La bronchiolite continuera, chaque hiver, à remplir les salles d’attente des kinésithérapeutes comme celles des pédiatres. Ce qui change, ce n’est pas la maladie, mais le regard porté sur les gestes censés la soulager et la manière dont les professionnels apprennent à ajuster leur pratique aux preuves scientifiques disponibles.


  1. Roqué-Figuls M, Giné-Garriga M, Granados Rugeles C, Perrotta C, Vilaró J. Chest physiotherapy for acute bronchiolitis in paediatric patients between 0 and 24 months old. Cochrane Database of Systematic Reviews 2023, Issue 4. Art. No.: CD004873. DOI: 10.1002/14651858.CD004873.pub6. ↩︎
  2. Roqué-Figuls M, Giné-Garriga M, Granados Rugeles C, Perrotta C, Vilaró J. Chest physiotherapy for acute bronchiolitis in paediatric patients between 0 and 24 months old. Cochrane Database Syst Rev. 2023 Apr 3;4(4):CD004873. doi: 10.1002/14651858.CD004873.pub6. PMID: 37010196; PMCID: PMC10070603. ↩︎

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